La Virginie


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Caractéristiques

La Virginie fait partie de la classe des Frégates à voiles de 2ème rang, dites "de XXIV", qui était le chiffre désignant en livres le calibre de leur armement principal. Ce sont des navires de 2300 tonneaux avec un équipage moyen de 470 hommes, équipage ramené à 200 hommes en version transport.
La Virginie fut construite par les chantiers navals de Rochefort, sous le nom de Niobé en 1827. Ce navire, mesurant 52m80 x 13m40 x 7m05 était sur cales le 26 juin 1827. Il sera lancé le 25 avril 1842, sera en service à compter du 11 avril 1844, avant d'être rayé des listes en 1881. Son armement était de 52 canons, puis 4 en version transport.


La Virginie en 1827

Historique

Le Niobé, construit en 1827 par les chantiers de Rochefort est renommé  "la Virginie" en 1839. 
En juillet 1844, la Virginie, sous les ordres du contre-amiral Hamelin, appareille de Rochefort et, après une escale à Rio, passe le cap Horn pour ce rendre dans le Pacifique. Après 4 ans de navigation, c'est le retour à l'île d'Aix, le 2 février 1848.
Du 20 au 29 mai 1854, on retrouve la Virginie en escale à Kiel avec l'escadre française, puis dans l'escadre de la Baltique en 1855. En avril 1857, le navire mouille à Macao, avant d'être désarmé entre 1859 et 1862.
Le 6 janvier 1868, la Virginie sert de ponton à Brest, avant d'être transformée en navire de transport en 1870.
De 1872 à 1875, la Virginie est utilisée pour le transport des forçats et déportés en Nouvelle-Calédonie (voir itinéraire page 1 et page 2).
En 1881, la Virginie est rayée des liste et sert de magasin de salaisons à Brest de 1882 à 1888.

7ème convoi de déportés 

Itinéraire de la Virginie pour les 7ème et 10ème convois

La Virginie, sous les ordres du commandant Launay, quitte Brest le 5 août 1873,
avec à son bord 61 déportés en provenance du fort de Quélern. Le navire met le cap sur l'île d'Aix, où il mouille le 7 août. Prennent place à bord 88 déportés qui étaient internés à la citadelle de Saint-Martin-de-Ré le 9 août. 20 femmes qui avaient été détenues à la maison centrale d'Auberive et ont été expédiée à La Rochelle quelques heures avant leur embarquement viennent complèter le "chargement". Il faut noter la pésence parmi eux de quelques "figures" de la Commune, tels Henri Rochefort, Henri Messager et Louise Michel. 
Henri messager raconte son embarquement et ses premières heures à bord : "C'est à bord de La Comète que nous sommes venus rejoindre la Virginie. Nous avons, grâce à la bonté du commandant de La Comète, qu'à nous louer de cette première étape. Nous sommes donc depuis hier soir à bord de la Virginie. Ma première impression, en me voyant enfermé avec 75 hommes dans une cage que l'ombre dont elle était entourée me faisait voir plus petite, a été mauvaise. Puis pour débuter, mes chers camarades ont su conserver les hamacs qu'on avait distribué, un pour deux hommes, et mon escouade et moi avons dormi sur le pont. Ce n'est rien d'être serrés les uns contre les autres, ce n'est rien encore de coucher par terre, ce qui est affreux c'et d'être pendant quatre mois en rapport avec des gens grossiers pour la plupart et pour lesquels je n'ai pas de sympathie, mais je me suis imposé de tout supporter et de ne rien dire et je ne faillirai pas à cette règle de conduite. C'est le commandant Launay qui commande la Virginie, des déportés qui l'ont connu sur les pontons me disent qu'il est très affable et que nous n'aurons qu'à nous louer de faire la traversée avec lui. Rochefort a déjà été fort malade, je suis depuis mon arrivée séparé de lui et je le le croyais tout d'abord à l'infirmerie, mais il est dans une cage séparée, peut-être pourrais-je le voir quand nous aurons levé l'ancre. Je n'ai pas ma caisse, arrivera-t-elle à temps, je crains que non...".
Une femme allaitait un bébé de 7 mois né en prison. Trois femmes condamnées à des peines de prison ou de réclusion, qui partent comme volontaires pour rejoindre un compagnon ou un mari sont parmi les passagères. Il s'agit de Augustine Marie Hamel, née Brest, concubine d'un nommé Pierre Bayle, condamné aux travaux forcés, de Marie Theron, née Lafond, et de Marie Braun (ou Broun).
Le rapport médical (voir pièce n° 6), qui nous donne une idée assez précise des conditions dans laquelle les déportés vont effectuer la traversée, fait état que les " emménagements affectés à tous les déportés sont situés dans la batterie. Ils consistent en quatre compartiments grillés; deux grands, ayant 24 mètres de long et 3 de large, étendus de l'Hopital avant à 8 pieds sur l'arrière du grand mat; deux plus petits ayant 10 mètres de longueur, et partant de l'échelle de commandement pour se terminer à la cloison de l'ancien carré des officiers.
Les deux grandes cages et la petite de babord renferment les hommes. Elles sont suffisamment vastes , à grillages bien espacé, accessibles de tous les bords, à l'extérieur, grâce à une coursive ménagée entre elles et la muraille du batiment; disposition qui rend la surveillance, l'aération, le nettoyage et l'assèchement plus faciles. Les bouteilles sont commodes et disposées de façon à corriger autant que possible les inconvénients qui s'attachent à leur présence.
Dans ces trois compartiments inégaux, les hommes ont été répartis proportionnellement. Ils peuvent s'asseoir, se coucher, se promener sans encombrement.
Le compartiment des femmes situé à tribord arrière est plus petit eu égard à leur nombre, mais encore suffisamment vaste. Pour des raisons de convenance il n'a été grillagé qu'au tiers supérieur de la cloison et ce grillage est recouvert par des panneaux pleins , mobiles, qu'on applique ou qu'on enlève suivant l'heure, la température, les raisons d'un autre ordre. Trois sabords s'ouvrant dans ce compartiment le désavantage que je viens de signaler se trouve insignifiant au point de vue de l'aération.
Ces dispositions réalisent le but qu'on s'est proposé. Elles sont en effet telles que la batterie n'est pas obstruée, qu'elle reçoit l'air et la lumière par ses nombreuses ouvertures restées libres. Quand les sabords sont forcément fermés, quatre larges panneaux reçoivent la brise des ralingues de basse voiles et l'air circule de bout en bout, balayant le méphitisme et l'humidité
Une partie de la cage de tribord, sur l'avant a été affecté au service de l'infirmerie, c'est  dire aux hommes autorisés pour raison de santé à garder leur hamac pendant le jour. Cette disposition a été prise dans le but de faciliter les détails du service de santé et d'éviter l'encombrement des compartiments dans plusieurs points à la fois. Dans le cas d'affections graves ou contagieuses commandant l'isolement des malades, un ou plusieurs lits devaient êtres montés dans l'Hopital avant resté libre dans cette prévision.
Les femmes ont été traitées dans leur compartiment. On eut avisé pour un cas exceptionnel.
Toues les femmes ont leur hamac. De plus il existe des couchettes sur le pourtour de leur cage. En rabattant la tablette de devant, on en fait des bancs.
Les hommes sont amatelotés. Ils couchent soit dans le hamac soit sur le plancher de deux jour l'un, mais toujours avec une couverture de laine
...".
Deux soeurs de l'ordre de Saint-Joseph embarquent pour la surveillance des déportées, et des surveillants militaires accompagnés de leur famille font aussi partie du voyage, ainsi que le bébé dont nous avons parlé plus haut, et qualifié de chétif par le médecin du bord, et un autre enfant qui accompagnent leur mère en déportation
.  
Le 10 août la Virginie quitte l'île d'Aix pour entamer la grande traversée. Le 12 le navire est dans le golfe de Gascogne. Les déportés peuvent monter sur le pont. Le lendemain, après une nuit calme, à 5h30 le réveil sonne, les hamacs sont pliés et commence le lavage des batteries. La nourriture semble convenir aux déportés. Le 14, la Virginie est toujours dans le golfe de Gascogne et le 15, malgré une allure lente, le cap Finistère est doublé. Le 16 le temps est magnifique. Cela fait huit jours que les déportés sont à bord. Le 17, le vent est bon et le navire marche bien. On est à 5 ou 6 jour de Ténérife qui devrait être la première escale. Le 18, alors que le temps est toujours au beau fixe, la Virginie se trouve par le travers des côtes du Portugal.
Le 22 août, la Virginie fait escale non à Ténérife, mais à Palmas aux îles Canaries, et la frégate mouille à une lieue du port. Les déportés peuvent rêver de liberté, mais ils apprennent que les Canaries sont utilisées par l'Espagne comme colonie de déportation ! Le 24 août, par beau temps, la Virginie reprend la mer. Elle file 8 noeuds. On approche des tropiques car un poisson volant est entré par un des sabords ouverts. Le 31, la température est de 35° et il y a toujours des poissons volants. Mais c'est le calme plat : la vitesse n'est que d'un demi noeud. Dans l'après-midi, la vitesse remonte à 6 noeuds. Henri Rochefort a été très malade.
Le 3 septembre, on travers le "pot-au-noir". La mer est mauvaise. Le 8 dans la soirée, les roches de San Paolo sont en vue, alors que le navire a quitté la France depuis 29 jours. Le 9 la "ligne" (l'Equateur) est passée et c'est la fête à bord, sauf pour les déportés. Ils entendent des chants et il y a un feu d'artifice. Le 11 septembre il y a promenade sur le pont, sous la surveillance de 7 factionnaires et 2 gardiens. Le 13, le navire avance à une bonne allure et le 16, les déportés ont étant tranquilles, ils ont reçu la permission de chanter dans les batteries. Il pleut à verse, et Henri Rochefort est toujours malade. Le 21 l'allure est toujours de 8 noeuds. La nourriture est mon bonne, mais Rochefort va mieux. Henri Messager pense à son installation en Nouvelle-Calédonie, à cultiver des légumes et élever des poules. Le 24, un très mauvais temps fait dériver le navire, mais le 25 c'est le calme plat et les côtes du Brésil sont en vue. Le 26 septembre, l'ancre est mouillée après que le navire ait été obligé de louvoyer toute la journée pour entrer dans la passe séparant l'île Santa Catarina de la côte. La Virginie aura mit 47 jours pour atteindre le Brésil. Le 27, la Garonne arrive au mouillage. Ce navire transporte un chargement de forçats en provenance de Toulon. Le médecin de bord de la Virginie, le médecin-major Perlier semble être apprécié des déportés. Le 29 septembre, Henri Messager reçoit une lettre datée du 13 août. Le commandant Launay autorise les prisonniers à cacheter les lettres qui partiront par un navire anglais. mais cette mesure ne concerne pas tous les déportés.
Le 30 septembre, la Virginie appareille, le plein en vivres et en eau étant effectué. Il reste 3 600 milles marins avant de doubler le cap de Bonne Espérance, soit environ 23 jours de navigation. Il ne semble pas qu'une escale à Cap Town ait été prévue, au regard de la vitesse du navire et de sa date d'arrivée à Nouméa. Après avoir doublé Le Cap, la Virginie navigue entre les 48ème et 50ème parallèles, zone des mers froides. Dans ses souvenirs, Louise Michel parle des haubans et des cordages couverts de glace. Le commandant Launay, l'ayant plusieurs fois vue pieds nus dans sa cage, et de crainte de la vexer, lui fait parvenir une paire de chaussons par l'intermédiaire d'Henri Rochefort. Mais le lendemain, elle est toujours pieds nus, car elle a fait don de ce présent à une autre déportée plus malheureuse qu'elle !
Après 120 jours de traversée, la Virginie entre en rade de Nouméa le 8 décembre 1873. Un hébergement particulier a été prévu dans la commune de Bourail par l'Administration Pénitentiaire, pour les femmes condamnées à la déportation en enceinte fortifiée. Mais Louise Michel et toutes les autres femmes refusent de quitter leurs compagnons d'infortune et menacent de se jeter à la mer si elles n'obtiennent pas satisfaction. Les autorités seront obligées de céder et les femmes embarquées sur la Virginie rejoindront la presqu'île de Ducos comme les autres déportés en enceinte fortifiée.
Il aut noter qu'a
ucun décès ne fut à déplorer, ni de malade à débarquer sur les 169 déportés qui effectuèrent la "grande traversée" sur la Virginie.

Dossier CAOM 

Le dossier de la Virginie conservé au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence (13) contenait 17  pièces différentes non classées par ordre de date ou autre: 

1- Dépôt de déportés de Quélern - Etat nominatif des condammnés à la déportation désignés pour être embarqués sur la Virginie (page1, page2, page3, page4),

2- Dépêche télégraphique du 27 novembre 1873, datée de Londres (page1),

3- Message d'envoi d'une liste de 61 déportés embarqués à Brest sur la Virginie (page1),

4- Rapport sur l'état sanitaire des déportés embarqués sur la frégate à voiles la Virginie, arrivée à Nouméa le 9 décembre 1873 (page1),

5- Transmission des rapports du Commandant de la Virginie, du médecin major de ce bâtiment et du chef du service de Santé de Nouméa sur l'état des déportés des deux sexes transportés par ce navire en Nouvelle-Calédonie du 2 janvier 1874 (page1, page2),

6- Frégate la Virginie, Rapport médical relatif au convoi de deportés daté de Nouméa le 7 décembre 1873 (page1, page2, page3, page4, page5, page6, page7, page8, page9, page10, page11, page12, page13, page14, page15, page16, page17, page18, page19, page20, page21, page22, page23),

7- On rend compte de l'arrivée de la Virginie avec le septième convoi de déportés, daté de Nouméa le 2 janvier 1874 (page1, page2, page3),

8- Ministère de l'Intérieur -  Direction des Etablissements Pénitentiaires - Dépôt de La Rochelle - Etat nominatif des femmes condamnées à la déportation remis le 9 août 1873 au Commandant du navire la Virginie - Copie (page1, page2, page3, page4, page5, page6, page7),

9- Direction des Colonies - 3ème Bureau - Annonce de 2 soeurs pour accompagner les déportées, daté de Paris le 16 juillet 1873 (page1),

10- Lettre du Ministre de la Marine à Madame la Supérieure des soeurs de Saint-Joseph, Faubpourg Saint-Jacques à Paris, daté du 14 juillet 1873 (page1),

11- Lettre de transmission des extraits de jugement des femmes condamnéesà la déportation embarquées sur la Virginie, daté de Paris le 22 avril 1874 (page1),

12- Lettre du Ministre des Colonies au général commandant le subdivision militaire à Versailles, daté le 14 janvier 1874 (page1),

13- Lettre du Ministre des Colonies au Président de la Commission des recours en grâce à l'Assemblée Nationale, datée de Versailles le 14 janvier 1874 (page1),

14- Liste des femmes condamnées à la déportation parties, pour la Nouvelle-Calédonie, par la Virginie le 10 août 1873 (page1),

15- Envoi de la liste nominative des femmes embarquées sur la Virginie, daté de Paris le 6 février 1874 (page1),

16- Lettre du Ministre des Colonies au Ministre de l'Intérieur, datée de Versailles le 21 janvier 1874 (page1),

17- Extrait d'un rapport de M. le Commandaént de la Virginie, daté de Paris le 18 mars 1874 (page1, page2).

10ème convoi de déportés 

La Virginie effectuera une autre traversée au départ de Brest. 170 déportés seront embarqués le 29 août 1874. Ce sera le 10ème convoi, qui arrivera à Nouméa le 4 janvier 1875. Il y aura un décès en mer qui, selon Roger Perennès, n'a pas été consigné sur le registre de la déportation, d'où l'impossibilité de connaître l'identité de ce déporté. Compte tenu de la durée de ce voyage, 128 jours, il semblerait que la Virginie ait eu à subir des vents défavorables sur une partie de son parcours, à moins qu'une escale prolongée à Santa Catarina ait été faite.

Sources :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

style="font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman";">- Site Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html

- Dossiers des navires au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.

Crédits photographiques :- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Numérisations archives par Bernard Guinard.

- Photos envoyées par Claude Millé 

- Numérisation de la Revue Hydrographique de 1873 envoyées par Jean-François Lonc.

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