Le Navarin était
un vaisseau de 100 canons à voiles du même type que la
Fleurus, propulsé par une hélice, avec une machine
Schneider de 650 chevaux, avec une voilure de 2762 m². Ses
dimensions étaient de 62,86, par 16,84, par 7,82 mètres,
pour un déplacement de 4920 tonneaux. L'équipage
était composé de 883 hommes. Quant à l'arment, il
se composait de 2 canons de 14 centimètres et 1 canon de 12 pour
la
première batterie, 5 canons de 4 centimètres pour la
seconde batterie, et 2 canons de 14 centimètres et 1 de 12 sur
le gaillard.
Le Navarin fut sur cale en mai 1832 et transformé en 1853. Le
lancement fut effectué le 26 juillet 1854, avec une mise en
service le 17 octobre 1854, avant d'être rayé le 13
juillet 1886.

Historique
Le 28 juillet
1855, le Navarin appareille de Kamiesh à destination de Toulon,
avec à son bord des blessés.
Le 9 septembre 1857, le vaisseau est désarmé. On le
retrouve ensuite en escale à Ténériffe le 1er
septembre 1862.
Le 3 janvier 1863, le Navarin accoste à Toulon, venant de Vera
Cruz. Au cours de ce voyage, le navire avait fait escale à San
Yago de Cuba (sic), et à Madère.
Le 5 juillet 1866 il est en carénage à Toulon, avant
d'appareiller le 6 janvier 1867 en direction de Vara Cruz. Il
arrivera au Mexique le 1er mars 1867, pour l'évacuation de
troupes. Le 12 mars 1867, le Navarin appareille de Vara Cruz pour la
France, ayant embarqué 974 passagers.
En 1873, le vaisseau est transformé en transport à
voiles. De 1876 à 1885, le Navarin effectuera le transport de
forçats vers la Nouvelle-Calédonie.
Il sera ensuite rayé le 13 juillet 1886, avant de servir de
bâtiment central de la défense mobile en 1889 et 1890. Le
Navarin sera démoli en 1908.

17ème
convoi de déportés
Le 13 juin 1876, le Navarin quitte Toulon pour l'île d'Aix, lieu
duquel il repartira 52 jours plus tard en direction de la
Nouvelle-Calédonie. Malheureusement, les livres de bord n'ayant
pas été conservés, on ne peut que faire des
hypothèses concernant son voyage; Au vu de la durée de
celui-ci, on peut penser que le navire a fait une escale de 10 jours
à Alger, pour prendre en charge des condamnés
algériens du dépôt de Maison Carrée. Une
seconde hypothèse ferait rester le Navarin au ouillage de
l'île d'Aix, en attente de son chargement de prisonniers. En plus
des forçats destinés au bagne de la
Nouvelle-Calédonie, le navire embarque 10 déportés
de la Commune et 2 arabes. Ces douze prisonniers avaient
été extraits de la prison de Saint-Brieuc, et avaient
rejoint La Rochelle par chemin de fer, puis le dépôt de
Saint-Martin-de-Ré par bateau. La plupart de ces
déportés ont été condamnés par
contumace aussitôt après la fin de la Commune, et ont
été repris, ou se sont rendus volontairement, en
espérant la clémence de la Justice.
Le 1er (ou le 4) août 1876, le Navarin lève l'ancre et se
dirige sur Dakar, au Sénégal. Après quelques jours
d'escale, et vu la longueur du voyage, il prend vraisemblablement la
route du Brésil, puis passe le Cap de Bonne Espérance. Toujours est-il que selon un
manuscrit de souvenirs de
François Renard,
soldat parti pour Tahiti, dans la nuit du 25 au 26 août 1876, le navire
se trouve par 76° de longitude et 46 de latitude, à 900 lieux par le
travers de Saint-Paul d'Amsterdam, c'est à dire en plein océan Indien,
comme le montre un dessin
signé au dos S. Hoare, Photographer, Papeete, Tahiti. C'est à ce moment
que le navire aurait perdu son gourvernail, ce qui peut expliquer la
longueur du voyage, compte tenu de temps d'effectuer la réparation. Le
Navarin
arrivera à Nouméa le 6 janvier 1877 (Selon François Renard, la date
serait différente). Au cours du voyage,
un des deux arabes embarqués est décédé et
immergé en mer.
Le 27 janvier 1877, le Navarin quitte Nouméa à
destination de la France, embarquant 161 déportés
rapatriés (44 libérés, 93 dont la peine est
commuée en détention, 7 dont la peine est commuée
en emprisonnement, et 17 dont le peine est commuée en
bannissement). Pour ce voyage
l'itinéraire emprunté est la route du Pacifique, par Tahiti puis le Cap Horn, et l'île de Sainte-Hélène,
où il fait une escale d'un ou deux jour, avant de se diriger
sur Dakar, et d'arriver à Brest le 25 juillet 1877.
Parmi les 10 déportés embarqués sur le Navarin
pour ce dix-septième convoi, 3 sont condamnés à la
déportation en enceinte fortifiée et
7 sont condamnés à la déportation simple.

Liste des
condamnés à la déportation en enceinte
fortifiée : François Adrien DAVID dit
Prolétaire, Jules DERO, Auguste Nicolas ZEGUT, et un arabe.
Liste des
condamnés à la déportation simple : Auguste
Joseph Edouard CAUDEVELLE, Isidore Ambroise DUFOURD, Joseph
Léopold Auguste GEORGE, Gustave LONGUET, Edouard Arthur MASSARD,
Edmond Pierre REFRAY, Ernest François VALEGAN, et un arabe.
Pour tout renseignement concernant ces prisonniers, vous pouvez me
contacter
ici.
19ème
convoi de déportés
Le 30 septembre 1877, le Navarin embarque 6 Communards et 7 arabes, qui
avaient été extraits du dépôt de
Saint-Brieuc et qui mettront 8 jours pour atteindre Brest. Il rejoint
ensuite l'île d'Aix pour y charger des forçats
destinés au bagne de Nouvelle-Calédonie. Il appareillera
le 11 octobre 1877 en direction de Nouméa.
L'un des Communards,
Louis Barron, prétend que la cage de la
batterie basse dans laquelle il est logé avec ses compagnons de
voyage ne mesurait que16 mètres cubes (soit 4 sur 2 sur 2
mètres), ce qui semble ridiculement petit, et paraît
impossible pour loger les 6 condamnés et placer leurs 6 hamacs.
IL semble plus plausible que cette surface soit de 16 mètres
carrés, mais le confort n'est ni meilleur ni pire que pour les
autres convois. Dans cette batterie, il y a peu d'air et un seul hublot
vitreux ne laisse filtrer que peu de lumière. Les sabords sont
fermés par des grilles. Les prisonniers, s'habituant petit
à petit à cette pénombre, arrivent à se
déplacer sans se cogner partout. Cependant la lecture et
l'écriture leur de fait interdite, et l'oisiveté
s'installe, mettant les caractères à vif. En effet les
plus polis deviennent grossiers et les généreux avares.
Dans ses souvenirs (
Sous le Drapeau
rouge, chez Albert Savine éditeur, Paris, 1889, pages 212
à 219) Louis Barron nous livre une anecdote de cette
traversée :
"Joseph, dit "La Terreur", étalait si franchement son
égoïsme naïf qu'en vérité il nous
amusait beaucoup. Il n'avait rien vu de pareil, même chez les
"joyeux", même à bord du
Royal-William.
Il arpentait à grands pas la partie libre de la cage,
gémissait, aspirait bruyamment, comme pour pomper tout
l'oxygène du taudis. Jamais, il n'avait souffert ainsi, jamais
lui, Joseph, dit "La Terreur", un si beau garçon, si
chéri des femmes ; si ce n'était pas un malheur ! Il en
oubliait de lisser et de ramener ses cheveux en accroche-coeurs. Ah !
personne ne souffrait comme lui, n on personne. Ce n'était pas
possible !".
Louis Barron raconte que le 14 octobre 1877, alors que le Navarin se
trouva dans le golfe de Gascogne, les déportés essaient
d'organiser une manifestation politique, mais une tempête met
fin à leur projet. Les Communards doivent même se
cramponner à ce qu'ils trouvent pour pouvoir regagner leur cage.
Pour ne rien arranger, ils entendent les chants nostalgiques provenant
des forçats qui se trouvent dans la batterie haute. Et les
passagers libres, comme dans les autres convois, ne se privent pas de
venir voir les fauves "à la ménagerie".
Louis Barron ne raconte presque rien d'autre sur le reste de la
traversée, hormis qu'il donne une position dans les mers
australes. Le Navarin atteint Nouméa le 24 avril 1878,
après 105 jours de voyage. Le navire a dû relâcher
à Dakar, puis virer de bord dans l'Atlantique Sud, pour doubler
le cap de Bonne Espérance, sans passer par le Brésil.
Le Navarin repartira de Nouméa le 19 février 1878,
embarquant 83 déportés pour leur
rapatriement 4 libérés, 77 dont la peine est
commuée en détention, et 2 dont la peine est
commuée en bannissement), et arrivera à Brest le 25
juillet 1878.
Sur les 6 Communards de ce dix-neuvième convoi, seul Louis Jean
Désiré Graffin est condamné à la
déportation en enceinte fortifiée, les autres
étant condamnés à la déportation simple. Il
s'agit de Louis Benjamin Baron (ou Barron), Jean-Pierre Eugène
Foix, Auguste Henri Gueritte, Jean Joseph dit "Philippe", Nicolas
Octave Ledante. Parmi les arabes embarqués, 2 sont
condamnés à la déportation simple, les 5 autres
étant condamnés à la déportation en
enceinte fortifiée.
Le Navarin participera au rapatriement des Communards par deux fois. Le
3 juin 1879, après avoir déposé un nouveau
contingent de forçats au bagne, le Navarin quitte Nouméa.
Il embarque 405 déportés ou commués et 2
forçats dont la peine est commuée en réclusion. Il
arrivera à Brest le 28 septembre 1879.
Le Navarin effectuera un autre transport de forçats qui
interviendra après l'aminstie générale
octroyée par la loi du 12 juillet 1880. Il quitte
ainsi Nouméa le 4 septembre 1880, embarquant 317
déportés graciés qui sont rapatriés.
Il arrivera à Brest le 6 janvier 1881.
Liste des
condamnés à la déportation en enceinte
fortifiée : Louis Jean Désiré GRAFFIN, et
cinq arabes.
Liste des
condamnés à la déportation simple : Louis
Benjamin BARON (ou BARRON), Jean-Pierre Eugène FOIX, Henri
Auguste GUERITTE, Jean JOSEPH, Nicolas Octave LEDANTE, et deux arabes.
Pour tout
renseignement concernant ces prisonniers, vous pouvez me
contacter (ici). Les photos des Communards utilisées dans cet article proviennent du site
http://digital.library.northwestern.edu,
avec l'aimable autorisation du webmestre du site pour leur utilisation ici. Les photos présentées correspondent en principe aux
personnages, mais une erreur d'identification est toujours possible
Sources
:
-
Déportés et forçats de la Commune : de
Belleville
à Nouméa,
par Roger Pérennès,
Nantes, Ouest Editions, 1991.
- Site
Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html.
-
Dossiers des navires au Centre des Archives
d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.
Crédits
photàgraphiques :
-
Déportés et forçats de la Commune : de
Belleville
à Nouméa,
par Roger Pérennès,
Nantes, Ouest Editions, 1991.
-
Numérisations archives par Bernard
Guinard.
- Photos envoyées par Claude Millé.
- Photos envoyées par Joël Laruelle.