La Loire


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Caractéristiques

La Loire était un navire de transport de type trois-mâts à hélice, de la classe "Isère", dite série des 1200 tonneaux. Sa coque était de fer et bois, selon les plans de Le Bouleur de Courtray. On appelait aussi ce type de navire "corvette-transport" ou "transport à batterie".  La classe Isère comprenait des navires aux dimensions de 73 mètres 32, par 12 mètres 90,  par 7 mètres 47 (c), par 5 mètres 08 (tem), jaugeant 950 à 1200 tonneaux, pour un tonnage de 2685 à 2950 tonnes. Leur vitesse était de 7,5 à 9 noeuds en propulsion à vapeur, et de 11 noeuds en propulsion voile et vapeur combinées. L'effectif était de 153 hommes. la propulsion se faisait au moyen d'une hélice avec puits, et une machine à vapeur de type Mazeline ou Indret (Marne) de 150 à 163 chn, soit 363 chevaux, nécessitant 160 à 175 tonnes de charbon . Quant à la voilure, elle était de 1930 m², pour une autonomie de 2000 milles nautiques à 9 noeuds. L'armement d'origine prévu était de 4 x 12 canons NR3 ou canons obusiers. 
La Loire est sortie des chantiers navals de Lorient. Sur cale le 1er août 1854, elle est lancée le 15 juin 1855, pour entrer en service le 2 octobre 1855, avant d'être rayée le 12 août 1872.

Historique

La Loire est mise sur cale à Lorient le 1er août 1854. Ce navire sera lancé le 15 juin 1855, et sera en service du 2 octobre 1855 avant d'être rayé le 12 août 1872.
Le 16 août 1855, il est procédé à l'armement de ce bateau, qui appareillera de Toulon en direction d'Alger puis de la Crimée, sous les ordres du capitaine de frégate Le Mehorel, le 11 juin 1856.
Les 13 et 13 mai 1857, la Loire appareille de Sainte-Croix de Ténériffe à destination de la Réunion. De 1856 à 1859, elle effectue des transports en Crimée, en Italie et Chine, au Sénégal, à Cayenne, entre autres... On la retrouve ainsi à Fort-de-France le 16 décembre 1856, puis pour son arrivée à Saint-Louis du Sénégal le 18 mai 1857, en provenance de Toulon, puis le 29 mai 1857 à Gorée.
Le 1er août 1857, la Loire est réarmée après le remontage de sa machine, et arrive à Lorient le 2 avril 1858, sous les ordres du capitaine de frégate Besson. Le 2 août 1858, elle appareille de Fort de France pour la France, avec escale à Basse Terre du 3 au 5 août, pour arriver à Brest le 2 septembre, avec 208 passagers à bord, sous les ordres du capitaine de frégate Langle de Cary.
Le 9 juin, ou le 31 juillet, la Loire, en compagnie de l'Albatros, de l'Orénoque et du Darien, arrive à Toulon, avec 3670 prisonniers autrichiens.
Le 8 décembre 1859, le navire appareille de Toulon, à destination de la Chine, avec 106 passagers. Le 2 février 1860, elle appareillera de Table Bay pour Singapour, où elle arrive le 17 avril. Le 7 mai 1860, elle arrive à Hong-Kong.
Le 24 novembre 1862, la Loire est désarmée à Rochefort, et le 16 décembre 1863, elle est désignée pour aller au Mexique. En 1865, elle participe à l'expédition de Rome.
Le 30 juin 1866 le navire, venant de Brest, arrive à Cherbourg. On la retrouve arrivant à Lorient, venant de Brest le 24 janvier 1868, puis le 20 mars 1868 arrivant de nouveau à Lorient, venant de Saint-Nazaire avec un chargement de vivres.
En août 1868, la Loire est désarmée, puis transformée en hôpital en 1871. En 1872, annexe de la ville de Nantes, elle sert pour loger les insurgés de la Commune. Le 12 août 1872 le navire est condamné, puis renommé le Dromadaire et servir de gabare le 5 février 1873, avant d'être démoli à Cherbourg en 1877.

D
'après ce qui vient d'être exposé, il semblerait que ce ne soit pas le même navire, mais un autre lui aussi baptisé la Loire, vaisseau de transport à voile, ancien transport à hélice,et en service de 1853 à 1886, qui ait effectué les 9ème, 16ème et 20ème convois de déportés de la Commune. 
                                            
Itinéraire suivi par la Loire

9ème convoi de déportés 

Le 5 juin 1874, sous les ordres du capitaine de frégate Lapierre, la Loire quitte Brest. Elle avait embarqué 40 arabes internés au fort de Quélern suite à la Révolte de Kabylie. Mais il n'y avait qu'un seul insurgé de la Commune.
Il s'agit de Jean Louis Nicolas Fayon, dit "de Lafayette", matricule 808, né le 21 septembre 1842 à Montigny-sur-Chiers (Moselle), célibataire, se disant ingénieur-dessinateur, mais en réalité employé au Chemin de Fer du Nord. Condamné en 1862 pour coups et blessures, il s'est engagé pour sept ans en 1865. Après la Commune, il fut condamné par contumace à la déportation dans une enceinte fortifiée. Le 21 février 1873 il fut condamné à 5 ans de prison pour vol, puis le 19 septembre 1873 à dix ans de travaux forcés pour vol avec effraction. Entre temps, arrêté, il est traduit devant le 4ème Conseil de Guerre qui le condamne, en plus des autres condamnations, à la déportation en enceinte fortifiée. Le 14 avril 1874, il réussit à s'évader du fort de Quélern mais, repris, il fut envoyé peu après en Nouvelle-Calédonie.
Sur les 40 arabes mentionnés, 39 sont destinés à la déportation simple à l'île des Pins, et un à la déportation en enceinte fortifiée.
Quittant donc Brest, la Loire se dirige vers la rade des Trousses, où elle embarque 300 forçats provenant du pénitencier de Saint-Martin-de-Ré, et destinés au bagne de l'île Nou.
Après une escale à Santa Catarina, la Loire arrive à Nouméa le 16 octobre 1876, après un voyage de 133 jours.
Pendant la traversée, cinq arabes sont décédés. Sur les 300 forçats du convoi, 250, atteints du scorbut, mourront dans les semaines suivant leur arrivée en Nouvelle-Calédonie.
Dans un précédent convoi de forçats en 1872, toujours sous les ordres du réputé très cruel commandant Lapierre, la Loire avait vu son effectif de 650 forçats embarqués amputé de 60 décès et avait compté 60 malades à son bord. De cet effectif de 650, il ne restait plus que 400 survivants à l'île Nou quelques mois plus tard.

Liste des condamnés à la déportation en enceinte fortifiée : Jean Louis Nicolas FAYON et un arabe.
Liste des condamnés à la déportation simple : 39 arabes dont 34 inscrits sur les registres de la déportation.
(Pour tout renseignements concernant ce prisonnier, vous pouvez me contacter ici).

16ème convoi de déportés

Le seizième convoi appareilla le 7 mars de Brest avec onze déportés à bord, provenant du "dépôt spécial de Saint-Brieuc. Un des déportés, nommé Victor Alphonse Richard, est débarqué à Rochefort et admis à l'hôpital de la Marine en raison de son état de santé. Né le 7 mai 1813 à Troyes (Aube), il était marié et père d'un enfant. Séparé de sa femme, il vivait en concubinage et exerçait la profession de bonnetier. Il avait été condamné à la déportation simple.
La Loire, une fois pris en compte son chargement de forçats, appareille le 17 mars 1876 de la rade des Trousses à l'île d'Aix, pour arriver à Nouméa le 21 juin 1876, après un voyage de 96 jours. Ce voyage est le second voyage le plus court, après celui du troisième convoi, qui était de 88 jours
. Il semblerait que la Loire, à la hauteur de Pernanbouc au Brésil, a viré de bord, évitant l'escale de Santa-Catarina, pour se diriger directement sur le cap de Bonne Espérance.

Liste des Condamnés à la déportation en enceinte fortifiée : Jean Jules Victor ALLAUME, Joseph Alphonse BONIFACE, Joseph Théodore LAMY, François RAYER, Henri WALZER.
Liste des condamnés à la déportation simple : Martin ADAMY, Jacques AGIER, Michel Paul BOYER, Charles Prosper ROBERGEOT (ou ROBERJOT), Alfred SIMBOZEL.
(Pour tout renseignements concernant ces prisonniers, vous pouvez me contacter ici).

20ème convoi de déportés 

Le vingtième convoi quitta Brest le 10 juillet 1878. Il avait embarqué les 4 derniers déportés, à savoir Louis Badin et Alfred Lucine Joseph Prudot dit "Voinot" pour les condamnés à la déportation en enceinte fortifiée, et André Jules Louis Meunier et Augustin Poquet, pour les condamnés à la déportation simple.
La Loire fait escale le 15 juillet à Rochefort. Elle y embarque certainement un chargement de forçats en provenance de l'île de Ré, puis appareille le 15 juillet 1878, pour arriver à Nouméa le 25 octobre 1878, après un voyage de 102 jours. C'était le dernier convoi de déportés de la Commune envoyés purger leur peine en Nouvelle-Calédonie.

Liste des condamnés à la déportation en enceinte fortifiée : Louis BADIN, Alfred Lucien Joseph PRUDOT dit Voinot.

Liste des condamnés à la déportation simple : André Jules Louis MEUNIER, Augustin POQUET.

(Pour tout renseignements concernant ces prisonniers, vous pouvez me contacter ici).


Rapatriements 

La Loire participa aussi au rapatriement de certains déportés. Elle quitta ainsi Nouméa le 1er septembre 1877, avec à son bord 75 déportés dont la peine est commuée en détention, 1 arabe libéré, et 5 transportés dont 3 libérés (2arabes et 1 français), un pour révision de jugement, et le dernier dont la peine est commuée en réclusion. Le navire arrivera à Brest le 14 janvier 1878. 
Après avoir effectué l'acheminement du vingtième et dernier convoi de déportés destinés à la Nouvelle-Calédonie, la Loire quittera Nouméa le 30 novembre 1878, avec à son bord 71 déportés dont un gracié, et 70 dont la peine est commuée. Le navire arrivera à Brest le 18 mars 1879. 
Le 1er novembre 1879, la Loire lève l'encre et quitte Nouméa, avec à son bord 295 déportés graciés ou dont la peine est commuée, plus 19 femmes et 14 enfants de déportés. Elle arrivera à Brest le 5 mars 1880.
Enfin la Loire effectuera le dernier transport de déportés ou transportés en direction de la France. Rappelons que la loi du 12 juillet 1880 avait amnistié tous les insurgés de la Commune. Le Loire quitte donc Nouméa le 19 février 1881, avec à son bord 7 déportés graciés. Elle arrivera à Brest le 5 juin 1881.

Sources :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Site Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html

- Dossiers des navires au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.

Crédits photographiques :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Photos envoyées par Claude Millé.

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