Le Var


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Caractéristiques

Le Var est un transport-écuries à hélice de type Ardèche construit par les chantiers de Bordeaux, lancé le 12 décembre 1863 et rayé probablement en 1887. Ce type de navire était un trois-mâts barque, spécialement conçu pour le transport des chevaux sur les théâtres d'opération, dessiné par Guesnet selon les plans du Calvados, qui pouvait recevoir 400 passagers et 360 chevaux ou mulets. Chaque animal disposait de 60 cm de largeur dans un des deux faux-ponts affectés au transport. Les dimensions du bâtiment étaient de 80m33 x 13m00 x 4m77, le jaugeage de 3479 tonneaux, pour une vitesse maximum de 9,42 noeuds. La propulsion s'effectuait au moyen de 2 machines à vapeur de 230 ou 280 chn, soit 980 chevaux nécessitant 200 tonnes de charbon, et une voilure de 3140 m². L'armement, en principe de 4 obusiers de 30 était apparemment  sur le Var de 2 canons de 14 sur les gaillards, et et 3 canons de montagne de 4 pour les embarcations. Enfin l'équipage était de 212 à 215 officiers et hommes d'équipage.

Le Var à Toulon

Historique

Le 7 avril 1864, le Var quitte Bordeaux sous les ordres du capitaine de frégate Loyer, qui sera remplacé en cours d'année par le capitaine de frégate Pascalis jusqu'en 1867. Du 9 avril au 1er août 1864 il est à Rochefort, puis du 1er au 22 août en rade de l'île d'Aix. Du 15 au 29 septembre on le trouve à Fort-de-France, puis à Sacrificios au Mexique du 15 au 24 octobre, et à Vera-Cruz du 24 au 27 octobre, avant de faire son entrée à Toulon le 29 novembre de cette année 1864. En 1865, le navire effectue du transport sur l'Algérie puis retourne au Mexique. En 1866-67, il effectue des voyages à Toulon, Alexandrie, au Mexique, en Algérie, puis est désarmé. Le 17 février 1867, il arrive au Mexique pour l'évacuation des troupes, pour appareiller en direction d'Oran le 22 février 1867 avec à son bord 1024 passagers et 12 mules. Le 13 juin 1867 il arrive à Toulon, venant d'Alger, toujours sous les ordres du commandant Pascalis.
Le 5 mars 1868, le Var appareille de Toulon pour le Sénégal et le Gabon. Il est réarmé le 1er mai 1868. Le 15 janvier 1869, il appareille de Toulon pour Alexandrie, sous les ordres du capitaine de frégate Talma, avec à son bord des troupes destinées à la Cochinchine, mais embarquera en fait au dernier moment, et en catastrophe, 400 hommes pour la Réunion. Du 16 au 19 janvier, il est obligé de relâcher à Ajaccio en raison du mauvais temps. Il fait ensuite escale à Malte du 21 au 25 janvier, pour arriver à Alexandrie le 31 janvier, où il transfère ses troupes sur l'Armorique. Il appareille d'Alexandrie pour Toulon le 19 février avec à bord 974 passagers en provenance de Cochinchine, avant d'être de nouveau désarmé de 1870 à 1872.
En février 1871, sa coque est doublée en cuivre et en décembre 1874, il y aura un  nouveau doublage de la carène. De 1872 à 1876, le Var effectue des voyages à Dakar, Sainte-Catherine, Nouméa, l'îles-des-Pins, Tahiti, Sainte-Hélène et Bahia. En 1872-73, il est sous les ordres du capitaine de frégate Lemosy, puis le capitaine de frégate Baux en 1874, du capitaine de frégate Testu, marquis de Balincourt en 1875-76, enfin du capitaine de frégate Hardy en 1879. Cette même année 1879, il est affecté au transport des déportés, puis à la réserve jusqu'en 1883. Il est probablement rayé des listes en 1887, avant que sa coque ne soit vendue en 1896.                                            

4ème convoi de déportés 

Itinéraire suivi par le Var

Le Var est au mouillage de la rade de Brest depuis la deuxième quinzaine de septembre 1872, sous les ordres du capitaine de frégate Lemosy, lorsque l'embarquement commence le 27 septembre. 254 Communards interné au fort de Quélern prennent place à bord. Le 29, le navire lève l'ancre en direction de l'île d'Aix, où il est au mouillage de la rade des Trousses le 1er octobre. Les déportés de l'arrondissement maritime de Rochefort son embarqués jusqu'au 9 octobre, à savoir 102 provenant du fort des Saumonards, 111 de la citadelle du château d'Oléron, et 113 de Saint-Martin-de-Ré, soit un total de 580 prisonniers, les femmes déportées qui auraient dû embarquer ne pouvant le faire. Trois décèderont en cours de route, un 
d'entérocolite (inflammation de l'intestin grêle et du colon), le second d'asthénie pulmonaire, et le troisième de pleurésie.
L'équipage est composé du commandant Lemosy, nous l'avons vu, de l'officier en second, un lieutenant de vaisseau, d'un commissaire, un chirurgien-major, la major Rochard, d'un chirurgien et d'un aumônier, pour l'état-major. L'équipage est composé d'un premier-maître de manoeuvre, un premier-maître mécanicien, un capitaine d'arme et 12 seconds-maîtres, 14 quartier-maîtres, 138 matelots, 26 novices. On trouve aussi 12 hommes d'équipage classés "divers", ce qui nous donne un total de 213 officiers et marins. Le rapport du médecin-major Rochard donne le chiffre de 216.
Le navire embarque également des civils émigrant, au nombre de 107, dont 1 enfant de 10 ans, Eugène Leblon, fils de Henri, qui suit son père en déportation. Le Var prendra à son bord 1 sous-lieutenant, et 20 soldats de l'Infanterie de Marine de la garnison de Rochefort, 2 militaires isolés, 5 gendarmes qui rejoignent leur poste aux colonies. Le nombre de surveillants, qui aurait dû être réglementairement de 29, soit 1 pour 20 condamnés, ne sera en fait que de 20. Le nombre total de passagers, civils et condamnés, est donc de 903.
Le Var quitte le mouillage de la rade des Trousses le 10 octobre 1872, pour la Nouvelle-Calédonie, en prenant la direction des côtes africaines. Il arrive à Gorée le 27 octobre, après 16 jours et 7 heures de mer. Au cours de l'escale qui dure trois jours, trois malades, membres de l'équipage, Le Mounier (21 ans, ouvrier chauffeur, atteint d'hypertrophie du coeur, avec insuffisance valvulaire), Gouasdoué (21 ans, timonier, atteint de tuberculose pulmonaire à un degré très avancé) et Collot (2ème maître de timonerie adonné aux habitudes alcooliques, a présenté un délire maniaque), sont débarqués pour raison de santé. Selon le rapport du médecin-major Rochard, il faut noter pendant l'escale de Dakar la blessure assez sérieuse du jeune Ménec, novice, qui fit une chute effrayante du panneau avant de la batterie haute dans la cale. Ce dernier présentait une vaste plaie contuse au cuir chevelu, avec décollement étendu des lambeaux. Cette vaste plaie était réunie en moins de 48 heures, et la cicatrisation complète, en moins d'une semaine. Ce rapport fait aussi état d'une naissance à bord.
Une fois son ravitaillement en vivres et charbon effectué, le Var appareille en direction de l'atlantique sud le 29 octobre à 16 heures. Le 16 novembre, on le retrouve au large des côtes du Brésil, un peu au nord du tropique du Capricorne. Depuis le passage de l'équateur, la situation devient grave car 124 étenus sont atteints du scorbut, plus un matelot et un surveillant militaire, épidémie qui a commencé 15 jours après avoir quitté le Brésil. De plus un déporté est décédé et quelques passagers souffrent de bronchite ou de diarrhées. Ces maux sont dû, selon le major Rochard au méphitisme de l'air et au manque de ventilation, les condamnés étant en effet au nombre de plus de 400 dans la batterie basse.
Le 24 novembre à 9h30, le Var mouille à proximité de l'îlot de Santa-Catarina, au Brésil, pour se ravitailler. Au cours de ces corvées d'approvisionnement, trois condamnés en profitent pour se faire la belle, profitant d'un moment d'inattention des surveillants, et se jetant à la mer (Il faut noter que dans son rapport du 10 janvier 1873, le commandant Lemosy signale que la surveillance faite par les gardiens et la garnison laisse toujours beaucoup à désirer). Deux seront capturés par les autorités brésiliennes et remis au commandant Lemosy. Quant au troisième, Lebeau, il ne sera pas repris et on pense qu'il est mort noyé lors de sa tentative d'évasion. Le 2 décembre, le navire quitte le Brésil et prend la direction du cap de Bonne Espérance. Pendant cette traversée, des cas d'entérocolite sont signalés. Il faut déplorer un mort, Antoine Royer, décédé le 6 janvier, puis un second succombant à une pleurésie. Depuis le départ de Santa-Catarina les sabords sont restés fermé à cause du temps, et le seront pendant 69 jours, jusqu'au détroit de Bass. La température dans les batteries ne dépasse guère 4 degrés, l'air y est humide et elles deviennent de véritables marécages. Il faut noter que le manque de végétaux frais commence à se faire réellement sentir et qu'en plus la viande n'est pas de très bonne qualité, de nombreux boeufs blessés ou malades ayant dû être abattus.
Le 1er février 1873, le Var passe le détroit de Bass et au large de la Tasmanie en évitant Melbourne, et on le retrouve le 4  au large de l'Australie, à l'est-nord-est de Sidney. Depuis l'île Tristan Da Cunha, il avait constamment navigué entre les 40ème et 50ème parallèles, le major notant son passage par 48°30' au sud des mers australes de l'Inde. Le 9 février 1873, le Var entre en rade de Nouméa. Il faut noter un nouveau déporté décédé au cours de ce voyage, en rade de Nouméa, mais on ne trouve aucune mention particulière de leur identité dans les registres de la déportation ou les différentes pièces du dossier du navire. Des 575 détenus restant sur le Var, 146 sont débarqués à la presqu'île de Ducos et 429 à l'île des Pins. Sur le nombre des passagers libres, quatre sont hospitalisés à l'arrivée à Nouméa. Ce sont les nommés Jounaux pour phtisie pulmonaire, Monfort pour diarrhées chroniques, Guéguéner  pour néphrite albuminaire, et Fricourt pour bronchite chronique.
Un des passagers du Var avait envoyé depuis Gorée un courrier à son ami Henri Messager, qui sera embarqué sur la Virginie. Ce document donne une idée assez précise de l'état d'esprit des passagers du Var concernant leur voyage. Il faut cependant noter que cette lettre concerne le début du voyage.


Lettre envoyée à Henri Messager depuis Gorée

Dossier CAOM 

Le dossier du Var conservé au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence (13) contenait 32  pièces différentes non classées par ordre de date ou autre: 

1- Dépêche télégraphique du 9 février 1873 sur papier libre (page 1),

2- Dépêche télégraphique du 17 septembre 1872 (page 1),

3- Extrait d'un rapport de Monsieur le capitaine de frégate commandant le transport le Var du 29 novembre 1872 (page 1),

4- Extrait d'un rapport de Monsieur le capitaine de frégate commandant le Var du 10 janvier 1873 (page 1),

5- Brouillon de demande d'embarquement de 3 caisses appartenant à Mr Kersaint Gily, commissire de Police de la Déportation en Nouvelle-Calédonie (page 1),

6- Envoi de la liste des déportés embarqués sur le Var du 24 septembre 1872 (page 1),

7- Nombre de dossiers de déportés parvenus à la Direction des Colonies (page 1),

8- Télégramme du 17 septembre 1872 (page 1, page 2),

9- Rapport sur l'état sanitaire du convoi de déportés arrivé le 9 février 1873 à bord du transport le Var (page 1),

10- Avis du ministre dela Marine au Préfet maritime de Brest datée du 11 septembre 1872 concernant une liste de passagers civils (page 1),

11- Liste nominative des condammnés à la déportation détenus au dépôt du château de l'île d'Oléron et reconnus impropres , sous le rapport de la santé, à faire la traversée de la NOuvelle-Calédonie (page 1),

12- Liste nominative supplémentaire des condamnées détenus au dépôt de Saint Martin de Ré, rconnus, par la Commission de santé désignée par M. le Préfet maritime de Rochefort, pour ne pas réunir les conditions sanitaires favorabes à leur embarquement pour la Nouvelle-Calédonie - Var (page 1),

13- Liste nominative des Condamnés à la déportation détenus au dépot des Saumonards, examinée par le Commission de Visite désignée par M. le Préfet Maritme de Rochefort, et reconnus hors d'état de pouvoir être embarqués pour la Nouvelle-Calédonie (page 1), 

14- Envoi de la liste des déportés embarqués sur le Var du 30 septembre 1872 (page 1, page 2),

15- Envoi de la liste des déportés embarqués sur le Var du 5 octobre 1872 (page 1, page 2),

16- Liste nominative des condamnés à la déportation détenus au dépot des Saumonards, et reconnus par la Commission de Viste désignée par M. le Préfet Maritime à Rochefort, aptes, sous le rapport de la Santé à faire la traversée de la Nouvelle-Calédonie (page 1, page 2, page 3, page 4),

17- Etat nominatif des condamnés à la déportation reconnus, par la Commission de santé nommée par M. le Préfet Maritime de Rochefort, dans les conditions sanitaires favorables à leur embarquement pour la Nouvelle-Calédonie - Dépôt de Saint-Martin-de-Ré (page 1, page 2, page 3),

18- Liste nominative des condamnés à la déportation détenus au dépôt du château d'Oléron et reconnus par la Commission de visite désignée par M. le Préfet Maritime à Rochefort, aptes, sous la rapport de la santé à faire la traversée de la Nouvelle-Calédonie (page 1, page 2, page 3, page 4),

19- Lettre du commandant Lemosy au contre-amiral Préfet Maritime à Rochefort du 9 octobre 1872 (page 1, page 2, page 3),

20- Copie d'une rapport du Chirurgien Major du Var adressé au Ccommandant, sur la visite des détenus des dépots de l'Isle de Ré et d'Oléron du 3 octobre 1872 (page 1, page 2),

21- Lettre du commadant Lemosy adressée à Monsieur le Major Général de la Marine à Rochefort du 7 octobre 1872 (page 1, page 2),

22- Rapport de la Commission supérieure sur le service de la déportation à bord des bâtiments de l'Etat du 7 octobre 1872 (page 1, page 2, page 3),

23- Bordereau de demande ou réclamation, avis d'observation du 4 octobre 1872 (page 1, page 2, page 3),

24- Arrivée du Var à Nouméa - Envoi de pièces concernant le convoi de déportés arrivés par le bâtiment du 5 mars 1873 (page 1, page 2),

25- Rapport sur l'état, sanitaire du trasnport le Var, pendant la traversée de France en Nouvelle-Calédonie du 11 février 1873 (page 1, page 2, page 3, page 4),

26- Rapport du commandant du Var sur la traversée de France à Nouméa (page 1, page 2, page 3, page 4, page 5, page 6, page 7, page 8, page 9, page 10),

27- Rapport de la Ciommission supérieure qui a visité le Var après l'embarquement des déportés du 8 octobre 1872 (page 1, page 2),

28- Rapport d'arrivée du Var et de débarquement des déportés du 23 février 1873 (page 1, page 2),

29- Copie du rapport sur l'état sanitaire du transport le Var, pendant la traversée de France en Nouvelle-Calédonie (page 1, page 2, page 3, page 4, page 5),

30- Papier concernant 3 caisses pour le commissaire de Kersaint Gily (page 1),

31- Avis d'arrivée du Var à Brest du 15 août (1872?) (page 1),

32- Liste de passagers concernant le Var (page 1).


13ème convoi de déportés 

Le Var, sous les ordres du capitaine de frégate Testu, marquis de Balincourt, quitte de nouveau Brest le 1er mars 1875, pour effectuer le transport du 13ème convois de déportés de la Commune. Ce convoi est composé de 6 condamnés à la déportation en enceinte fortifiée et 19 déportés simples, qui tous proviennent du Dépôt spécial de Saint-Brieuc. Le 5 mars, le navire mouille en rade de l'île d'Aix, et en repartira le 5, pour arriver à Nouméa le 23 juillet  de cette même année 1875.

Sources :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Site Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html

- Dossiers des navires au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.

Crédits photgraphiques :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Numérisations archives par Bernard Guinard.

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