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Le 9 août 1872 la Garonne, quitte le mouillage de la rade des Trousse et prend le chemin de la Nouvelle-Calédonie. Après 18 jours de mer, elle est le 27 septembre à Dakar, où deux déportés malades sont débarqués qui, selon le rapport du commandant Rallier "ont réussi à tromper la vigilance de la commission sanitaire qui les a visités au départ. Ces deux hommes se trouvaient dans un état de phtisie avancée.". Le premier, Adolphe Martin, sera embarqué sur un autre navire après sa guérison. Le second, nommé Foissard, était presque mourant lors de son débarquement. Il pourrit s'agir de Louis-Eugène Foissard, né à Paris le 19 février 1843, y demeurant, typographe, marié sans enfant, qui aurait commis un vol chez un sergent de ville, fait qu'il avait nié avoir commis. Il fut condamné le 14 février 1872 par le 7ème Conseil de Guerre à léa déportation simple. Son dossier portant le mention "décédé", peut-être est-il mort à l'hôpital de Dakar. Le ravitaillement en vivres et charbon effectué, la Garonne quitte Dakar dans la nuit du 2 au 3 septembre 1872. L'itinéraire (page 1, page2) passait par le large de Tristan Da Cunha, le cap de Bonne Espérance et les îles Mac Donald. Le 26 octobre, elle doublait le cap sud de la Tasmabnie, ayant mis 26 jours pour parcourir la distance depuis le cap de Bonne Espérance. Après 63 jours de mers sans nouvelle escale depuis Dakar, la Garonne arrive à Nouméa le 5 novembre 1872. La vitesse du navire, soit environ 7 noeuds de moyenne, est pour l'époque une très belle performance. C'est aussi le voyage le plus court effectué par l'un des vingt convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie.
Le rapport de mer du commandant Rallier est, selon Roger Pérennès, paru dans la Revue Maritime et Coloniale de 1873, tome 37, ouvrage conservé au Musée de la Marine de Rochefort (17). En voici la partie parue dans le livre de Pérennès :
"En partant de Dakar, j'ai piqué au Sud et même au Sud-Est, dans la mousson équatoriale, j'ai coupé la ligne entre 18 et 19° puis j'ai serré un peu le vent de manière à passer à 150 lieues au vent de la Trinité et 19 jours après mon départ, j'ai atteint Tristan d'Acunha. Dans les calmes de la ligne et ceux du Capricorne, j'ai rencontré des vents du Sud tenaces, qui ont rudement entamé notre approvisionnement de charbon. J'ai coupé 45° Sud par le méridien de Paris et le 50° Sud par celui du Cap de Bonne-Espérance. J'ai franchi pendant la nuit les iles Macdonald, au-delà desquelles j'ai trouvé des vents très frais de Nord et Nord-Nord-Est qui m'ont poussé jusqu'au 54° Sud. C'est la seule brise un peu violente que nous avons rencontré au Sud du 50ème degré et elle a peu duré. Pendant 21 jours passés dans ces latitudes, les cacatois n'ont été serrés que soixante-seize heures en tout, en dix fois différentes. Nous avions une forte houle de Nord-Ouest, qui devait venir de 200 lieues et dont nous n'avons trouvé le vent correspondant qu'en nous rapprochant du 45° Sud.
Le froid n'a pas dépassé 4° au dessous de zéro. Le froid a donné de la peine et des bobos, mais pas de maladie ; l'air était sec et salubre. Nous avons vu la première glace par 52° Sud et 33° Est. Puis les 16, 17, et 18 octobre, nous avons trouvé un groupe dont quelques-unes en fusion, par 52° Sud et entre 90° et 102° Est ; c'est tout. Le 20 octobre nous avons coupé le 50° Sud, après avoir fait en 20 jours 100° de longitude : soit 5° par jour. Dans le nord du 50ème degré, nous avons changé de zone : la pluie succédait à la neige ; la mer redevenait dure ; la brise assez violente. Le 26 octobre, nous doublions la Tasmanie, le 4 novembre nous étions devant les passes de Rulari et le 5 au matin nous mouillions sur le rade de Nouméa."
Selon l'extrait du rapport du commandant de la Garonne, il ne déplora que deux décès, de mort subite, parmi les détenus, et deux autres "sérieusement alités", en atteignant la Nouvelle-Calédonie. Mais l'état général sanitaire des déportés était relativement bon, hormis "quelques symptômes de scorbut se sont montés chez un bon nombre, mais ils étaient sans gravité". Selon le dossier du navire au CAOM, sur 578 les prisonniers embarqués, 574 débarquèrent effectivement en Nouvelle-Calédonie.
Selon ce même rapport, en quittant Nouméa le 6 décembre 1872, pour regagner Brest, le navire embarqua 47 passagers. Parmi eux se trouvaient des surveillants et agents "dont le conseil de santé de la colonie a proposé l'envoi en France, pour y jouir d'un congé de convalescence" (voir liste sur pièce n° 6), deux étant retraitables. On comptait également deux déportés graciés, les nommé Leroy, arrivée à Nouméa avec la guerrière et rapatriable, sa peine ayant été commuée, et le déporté Jacques Reber, matricule 3805, qui avait vu sa peine commuée en détention. Apparemment la Garonne serait arrivée le 7 mars 1873 à Brest.
Dossier CAOM
Le dossier de la Garonne conservé au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence (13) contenait 10 pièces différentes non classées par ordre de date ou autre:
1- Extrait d'un rapport de Mr le Capitaine de Vaisseau commandant la Garonne du 8 mars 1873 (page 1, page 2, page 3),
2- Extrait d'un rapport de Mr le Capitaine de Frégate (sic) commandant la Garonne du 2 septembre 1872 à Dakar (page 1, page 2),
3- Lettre du 3ème bureau du Ministère de la Marine (page 1),
4- Billet annonce le départ de la garonne de Nouméa vers la France (page 1),
5- Billet annonçant l'arrivée de la Garonne à Brest (page 1),
6- Avis de départ de la Garonne de Nouméa pour la France, avec la liste des agents de l'Administration embarqués (page 1, page 2),
7- Lettre du 11 septembre 1872 du Ministère de la Marine 2ème Bureau (page 1),
8- Lettre du Préfet Maritime au Ministre de la Marine du 15 août 1872 (page 1),
9- Borderau récapitulatif du 12 août 1872 (page 1, page 2),
10- Etat nominatif des passagers de toute espèce embarqués sur le bâtiment de l'Etat la garonne pour les Colonies (page 1, page 2).
La Garonne effectua
aussi le transport du 12ème convoi
de
déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie,
parti le 5 décembre 1874 de l'île d'Aix, pour atteindre
Nouméa le 12
mars
1875, après 97 jours de mer.12ème
convoi de déportés
Sources :
- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.
- Site Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html.
- Dossiers des navires au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.
Crédits photgraphiques :
- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991, page 231 pour la photo de la Garonne.
- Numérisations archives par Bernard Guinard.
- Numérisations de pages de la Revue Hydrographique de 1873, envoyée par Jean-François Lonc.
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