La Garonne


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Caractéristiques

La Garonne est un transport-écuries de la classe Calvados. C'est un trois-mats à coque en bois, avec une capacité de 400 passagers et 352 chevaux répartis entre le spardeck (92, le faux-pont (174) et la cale (96). Les animaux, logés dans deux des faux-ponts, disposaient d'un espace de 60 cm de large. Construit par les chantiers navals de Brest, ce navire est sur cale le 2 mai 1856. Son lancement a lieu le 16 juin 1859, pour une mise en service en juin 1859.
Ce navire d'une longueur de 80 mètres, jaugeant 3210 Tonneaux, était propulsé par une hélice et une machine auxiliaire de type 200 ou 250, d'une puissance de 804 à 1074 chevaux, pouvant atteindre une vitesse de 9,8 noeuds, fonctionnant au charbon (200 tonnes étaient embarquées pour sa chaudière), et  par une voilure de 1986 m². Il était armé en 1873 de 4 pièces de 14 com NR 2 et 5 pièces de 4 cm aux extrémités des prisons. Son équipage était de 7 officiers pour 258 hommes. 


la Garonne amarrée au port de Cherbourg

Historique

Le 16 juin 1859 la Garonne appareille de Brest pour Oran, puis Toulon. Le 8 octobre 1859, elle part pour la Chine, faisant escale à Tables Bay du 7 au 21 février 1860, pour arriver à Hong-Kong le 17 avril 1860. Elle est alors sous les ordres du commandant Protet et stationnera à Saïgon du 14 février 1861 au 3 avril 1862.
Le 3 avril 1862 la Garonne fait retour vers Suez, où elle arrive le 15 février 1862, où elle charge des passagers et 210 chevaux et retourne directement sur Saïgon, où elle arrive le 18 août 1862. Elle appareille de nouveau le 1er octobre de la même année, avec à son bord des malades, en direction de Suez où elle arrive le 19 novembre. Le 6 janvier 1863, elle effectue un nouveau voyage sur Saïgon, qu'elle atteint le 26 février. Le 15 avril 1863, c'est le troisième départ en direction de Suez où elle arrive le 11 juin, avant de quitter ce port le 20 août en direction de la France, pour atteindre Cherbourg le 23 décembre 1863, lieu où elle est désarmée et passe l'année 1864 en carénage.
Le 20 février 1867, la Garonne arrive au Mexique. Sa mission est l'évacuation de troupes et elle appareille le 2 mars pour Brest, avec à son bord 529 passagers, dont 15 religieuses. En 1870, elle arme à Cherbourg, pour aller désarmer à La Rochelle.
En 1871, la Garonne est en Allemagne pour ramener des prisonniers, et est transformée en ponton afin d'effectuer le transport de forçats en Nouvelle-Calédonie, mission qu'elle effectuera, avec le transport de passagers, de 1872 à 1875. En mars 1872 la Garonne est sous le commandement du capitaine de vaisseau Rallier.
Le 4 avril 1873, elle désarme à Brest et en juin elle va sur Toulon afin de prendre des passagers sur l'Hercule, les transporter en Nouvelle-Calédonie, avant de revenir à Brest. Elle effectue deux nouveaux voyages vers Nouméa en octobre 1874 et novembre 1875, avant d'être à nouveau désarmée à Brest le 22 juin 1876.
En 1880-81, elle est transformée, en vue d'effectuer des voyages pour les Antilles, par ajout d'une teugue (construction légère sur le pont d'un navire, sorte de petit gaillard d'avant peu élevé et de petite longueur) et d'une dunette. De 18881 à 1886, elle fera du transport à destination de la Réunion, du Sénégal, des Antilles et de Madagascar, avant d'être une dernière fois désarmée en 1886. La Garonne sera enfin rayée des listes de la flotte le 2 avril 1891.

2ème convoi de déportés 

Le 31 juillet 1872, sous les ordres du capitaine de vaisseau Rallier, la Garonne quitte la rade de Brest. Elle avait embarqué 356 déportés en provenance du fort de Quélern. Dans les jours qui suivent, elle embarque 222 autres prisonniers qui étaient internés dans à l'île d'Oléron, et un surveillant de l'Administration pénitentiaire comme passager libre. Le journal de bord et le rôle des équipages pour ce navire ayant brûlé au cours de la Seconde Guerre Mondiale, on ne peut définir avec exactitude la composition de l'équipage (265 selon les dossiers de la Marine, 215 selon Roger Perennès)  et le nombres exact de passagers, libres ou non, mais on peut estimer le total aux alentours de 830 personnes.

Le 9 août 1872 la Garonne, quitte le mouillage de la rade des Trousse et prend le chemin de la Nouvelle-Calédonie. Après 18 jours de mer, elle est le 27 septembre à Dakar, où deux déportés malades sont débarqués qui, selon le rapport du commandant Rallier "ont réussi à tromper la vigilance de la commission sanitaire qui les a visités au départ. Ces deux hommes se trouvaient dans un état de phtisie avancée.". Le premier, Adolphe Martin, sera embarqué sur un autre navire après sa guérison. Le second, nommé Foissard, était presque mourant lors de son débarquement. Il pourrit s'agir de Louis-Eugène Foissard, né à Paris le 19 février 1843, y demeurant, typographe, marié sans enfant, qui aurait commis un vol chez un sergent de ville, fait qu'il avait nié avoir commis. Il fut condamné le 14 février 1872 par le 7ème Conseil de Guerre à léa déportation simple. Son dossier portant le mention "décédé", peut-être est-il mort à l'hôpital de Dakar. Le ravitaillement en vivres et charbon effectué, la Garonne quitte Dakar dans la nuit du 2 au 3 septembre 1872. L'itinéraire (page 1, page2) passait par le large de Tristan Da Cunha, le cap de Bonne Espérance et les îles Mac Donald. Le 26 octobre, elle doublait le cap sud de la Tasmabnie, ayant mis 26 jours pour parcourir la distance depuis le cap de Bonne Espérance. Après 63 jours de mers sans nouvelle escale depuis Dakar, la Garonne arrive à Nouméa le 5 novembre 1872. La vitesse du navire, soit environ 7 noeuds de moyenne, est pour l'époque une très belle performance. C'est aussi le voyage le plus court effectué par l'un des vingt convois de déportés vers la Nouvelle-Calédonie. 

Le rapport de mer du commandant Rallier est, selon Roger Pérennès, paru  dans la Revue Maritime et Coloniale de 1873, tome 37, ouvrage conservé au Musée de la Marine de Rochefort (17). En voici la partie parue dans le livre de Pérennès : 

"En partant de Dakar, j'ai piqué au Sud et même au Sud-Est, dans la mousson équatoriale, j'ai coupé la ligne entre 18 et 19° puis j'ai serré un peu le vent de manière à passer à 150 lieues au vent de la Trinité et 19 jours après mon départ, j'ai atteint Tristan d'Acunha. Dans les calmes de la ligne et ceux du Capricorne, j'ai rencontré des vents du Sud tenaces, qui ont rudement entamé notre approvisionnement de charbon. J'ai coupé 45° Sud par le méridien de Paris et le 50° Sud par celui du Cap de Bonne-Espérance. J'ai franchi pendant la nuit les iles Macdonald, au-delà desquelles j'ai trouvé des vents très frais de Nord et Nord-Nord-Est qui m'ont poussé jusqu'au 54° Sud. C'est la seule brise un peu violente que nous avons rencontré au Sud du 50ème degré et elle a peu duré. Pendant 21 jours passés dans ces latitudes, les cacatois n'ont été serrés que soixante-seize heures en tout, en dix fois différentes. Nous avions une forte houle de Nord-Ouest, qui devait venir de 200 lieues et dont nous n'avons trouvé le vent correspondant qu'en nous rapprochant du 45° Sud.

Le froid n'a pas dépassé 4° au dessous de zéro. Le froid a donné de la peine et des bobos, mais pas de maladie ; l'air était sec et salubre. Nous avons vu la première glace par 52° Sud et 33° Est. Puis les 16, 17, et 18 octobre, nous avons trouvé un groupe dont quelques-unes en fusion, par 52° Sud et entre 90° et 102° Est ; c'est tout. Le 20 octobre nous avons coupé le 50° Sud, après avoir fait en 20 jours 100° de longitude : soit 5° par jour. Dans le nord du 50ème degré, nous avons changé de zone : la pluie succédait à la neige ; la mer redevenait dure ; la brise assez violente. Le 26 octobre, nous doublions la Tasmanie, le 4 novembre nous étions devant les passes de Rulari et le 5 au matin nous mouillions sur le rade de Nouméa."

Selon l'extrait du rapport du commandant de la Garonne, il ne déplora que deux décès, de mort subite, parmi les détenus, et deux autres "sérieusement alités", en atteignant la Nouvelle-Calédonie. Mais l'état général sanitaire des déportés était relativement bon, hormis "quelques symptômes de scorbut se sont montés chez un bon nombre, mais ils étaient sans gravité". Selon le dossier du navire au CAOM, sur 578 les prisonniers embarqués, 574 débarquèrent effectivement en Nouvelle-Calédonie.

Selon ce même rapport, en quittant Nouméa le 6 décembre 1872, pour regagner Brest, le navire embarqua 47 passagers. Parmi eux se trouvaient des surveillants et agents "dont le conseil de santé de la colonie a proposé l'envoi en France, pour y jouir d'un congé de convalescence" (voir liste sur pièce n° 6), deux étant retraitables. On comptait également deux déportés graciés, les nommé Leroy, arrivée à Nouméa avec la guerrière et rapatriable, sa peine ayant été commuée, et le déporté Jacques Reber, matricule 3805, qui avait vu sa peine commuée en détention. Apparemment la Garonne serait arrivée le 7 mars 1873 à Brest.

Dossier CAOM 

Le dossier de la Garonne conservé au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence (13) contenait 10  pièces différentes non classées par ordre de date ou autre: 

1- Extrait d'un rapport de Mr le Capitaine de Vaisseau commandant la Garonne du 8 mars 1873 (page 1, page 2, page 3),

2- Extrait d'un rapport de Mr le Capitaine de Frégate (sic) commandant la Garonne du 2 septembre 1872 à Dakar (page 1, page 2),

3- Lettre du 3ème bureau du Ministère de la Marine (page 1),

4- Billet annonce le départ de la garonne de Nouméa vers la France (page 1),

5- Billet annonçant l'arrivée de la Garonne à Brest (page 1),

6- Avis de départ de la Garonne de Nouméa pour la France, avec la liste des agents de l'Administration embarqués (page 1page 2),

7- Lettre du 11 septembre 1872 du Ministère de la Marine 2ème Bureau (page 1),

8- Lettre du Préfet Maritime au Ministre de la Marine du 15 août 1872 (page 1),

9- Borderau récapitulatif du 12 août 1872 (page 1, page 2),

10- Etat nominatif des passagers de toute espèce embarqués sur le bâtiment de l'Etat la garonne pour les Colonies (page 1, page 2).

12ème convoi de déportés 

La Garonne effectua aussi le transport du 12ème convoi de déportés de la Commune vers la Nouvelle-Calédonie, parti le 5 décembre 1874 de l'île d'Aix, pour atteindre Nouméa le 12 mars 1875, après 97 jours de mer.

Sources :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991.

- Site Internet http://dossiersmarine.free.fr:fs.html

- Dossiers des navires au Centre des Archives d'Outre-Mer à Aix-en-Provence, série H30.

Crédits photgraphiques :

- Déportés et forçats de la Commune : de Belleville à Nouméa, par Roger Pérennès, Nantes, Ouest Editions, 1991, page 231 pour la photo de la Garonne.

- Numérisations archives par Bernard Guinard.

- Numérisations de pages de la Revue Hydrographique de 1873, envoyée par Jean-François Lonc.

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